« Anne Sinclair a dit son dégoût pour le film sur DSK » : Maître Jean Veil avocat de Strauss-Kahn

  • Carole Roldane
  • 19 mai 2014

Abel Ferrara a changé les noms des personnages…
« Oui mais il suffit d’écouter les interviews données par les uns, par les autres, qu’il s’agisse des acteurs ou du réalisateur pour comprendre qu’il s’agit bien de M. Strauss-Kahn. Les précautions d’usage ne peuvent pas permettre de s’exonérer de sa responsabilité. »

Il existe un droit à la fiction…
« Oui, on a un droit à la fiction mais pas un droit à l’accusation telle qu’elle est proférée dans ce film. »

Il y a une tendance à raconter la vie de gens célèbres, comme Yves Saint Laurent. Pour vous, c’est une fiction ou un documentaire ?
« DSK est toujours vivant, cette affaire s’est déroulée il y a trois ans, il a été mis hors de cause de la manière la plus nette par le procureur de New York dont on ne peut pas dire qu’il était complaisant dans cette affaire : par conséquent, DSK, comme tout le monde, a le droit à l’oubli. »

Pourquoi ne pas demander l’interdiction du film ?
« D’abord parce que les procédures sont longues en matière de diffamation, deuxièmement parce qu’il est probable que les juridictions françaises répugnent, ensuite il faut bien rappeler que DSK n’est pas un censeur. »

Le film n’est disponible qu’en VOD. Une précaution ou un intérêt commercial nouveau ?
« Je pense que c’est parce que le film est très mauvais, qu’il a d’ailleurs été refusé par les dirigeants du Festival de Cannes, que M. Maraval s’est mis comme un coucou cinématographique à essayer de prendre, d’obtenir et de profiter du Festival de Cannes pour essayer de faire croire que son film était un film maudit mais un film bon : la vérité, c’est que c’est une merde ! C’est comme un crotte de chien ! Habituellement sur les trottoirs on fait le tour pour éviter de marcher dedans parce que ça vous colle à la semelle, là on est obligé de le voir, en tout cas en ce qui concerne l’avocat de Mr Strauss-Kahn. »

Hier sur Europe 1, Alain Finkielkraut dénonçait une intrusion violente et indigne dans la vie privée au nom de la transparence. Vous partagez ce sentiment ?
« Oui »

Anne Sinclair a dit son dégoût. Elle trouve que les attaques sont antisémites et racistes…
« Elle a raison ! C’est un film qui est un film antisémite : il faut bien voir que manifestement les acteurs et même le réalisateur se sont déjà excusés, ou ont tenté de s’excuser en disant « Ce n’est pas nous, ce n’est pas un documentaire, c’est un film, une fiction »…

Vous pensez qu’ils ont exprimé ce qu’ils pensent au fond d’eux-mêmes ?
« Pour certains d’entre eux, j’en suis convaincu. »

Lesquels ?
« Je pense que ceux qui ont exprimé d’une part les dialogues, et d’autre part ceux qui les ont filmés, qui ont accepté de les produire et de les diffuser comportent une part d’antisémitisme et n’ont pas peur de le proclamer. »

Anne Sinclair ne porte pas plainte… DSK va jusqu’aux tribunaux…
« Ça va de soi. Il est traité de violeur, c’est une situation différente. En matière d’antisémitisme, les poursuites sont réservées à des associations, et par conséquent il ne peut pas en être autrement. »

Vous êtes l’avocat de la Société Générale. Comprenez-vous le mouvement autour de Jérôme Kerviel ?
« Il faut rappeler que dans cette affaire dont les faits ont été découverts il y a à peu près 6 ans, l’instruction a été faite par un des meilleurs magistrats de Paris, elle a duré 2 ans, il y a deux procès, deux mois d’audience, tous les témoins ont été entendus, M. Kerviel a usé 14 avocats parmi les meilleurs de la place, certains sur le plan technique du droit… »