Ary Abittan et Michaël Youn nous parlent du téléfilm « L’esprit de famille) Interview

  • Carole Roldane
  • 9, avril 2014 à 9h23

Dans le téléfilm « L’esprit de famille » Ary Abittan et Michaël Youn jouent le rôle de deux frères Yvan (Ary Abittan) et Max (Michaël Youn).
Le premier est un malade imaginaire, un hypocondriaque, le second un artiste, insouciant, impulsif et drôle. Leur sœur Hélène, qui souffre de problèmes rénaux, a besoin d’une greffe. Les deux frères sont alors sollicités pour ce don de soi, un rein. Entre peur er courage, leur vie bascule.

LDpeople.com vous propose l’interview d’Ary Abittan et Michaël Youn :

Aviez-vous connaissance de l’histoire personnelle de Richard Berry ?
Ary Abittan : Oui, bien sûr, je connaissais son histoire. Ce don de soi que Richard a fait pour sauver sa soeur. Un acte de courage. Une histoire qui a aussi défrayé la chronique. J’ai donc eu un immense plaisir en lisant le scénario… Et j’étais ravi d’interpréter ce rôle.
Michaël Youn : Je connais Richard depuis quelques années, mais je ne savais pas en détail son histoire. C’est donc en discutant avec lui que j’ai découvert, à la préparation du film, son ressenti, ce qu’il avait traversé.

Quelle a été votre approche ? Comment vous êtes-vous préparés à jouer ce rôle ?
M. Y. : J’ai lu des bouquins sur le don d’organe et regardé quelques reportages portant sur ce sujet que je ne connaissais pas. J’ai aussi beaucoup discuté et appris auprès de Richard. Les deux personnages existent en lui : il a un côté hypocondriaque – il avait très peur de donner son rein et d’avouer cette vérité à sa soeur –, et un côté va-t-en-guerre, le Richard qui, sans réfléchir, a dit oui. Quand on est le seul frère compatible, le choix ne se pose pas. Mais dans le film, Max et Yvan le sont tous les deux. Alors tout se complique. Pourquoi moi et pas l’autre ? La problématique devient alors très intéressante.
A. A. : Cela s’est fait naturellement. Il n’y avait qu’à incarner les choses et se mettre au service d’un sujet important, d’un acte courageux : le don d’organe de son vivant. C’est un message fort : savoir que l’on peut sauver une vie sans pour autant être un héros.

Pourriez-vous décrire le personnage que vous interprétez ?
A. A. : C’est l’histoire d’un professeur de littérature bien sous tous rapports. Un homme marié, dont la femme attend un enfant. Yvan est plutôt un bon fils. Mais il a néanmoins un défaut : l’hypocondrie. Il a peur de toutes les maladies mais aussi de tout ce qui peut lui arriver. Il invente sans cesse des scénarios catastrophes, qui sont à l’origine de situations comiques très délicieuses.
M. Y. : Max est un irresponsable, aussi bien dans sa vie que dans ses choix. On ne peut pas compter sur lui, il n’est donc pas très fiable. En même temps, il est spontané, généreux… A priori, donner un rein à sa soeur ne lui pose pas de problème. Mais lorsqu’il commence à réfléchir, il prend peu à peu la mesure de ce qu’une telle opération suppose, il découvre que sa vie va changer. Il prend alors conscience de sa peur… et qu’il n’est pas un héros.

Ressemblez-vous à votre personnage ?
A. A. : En lisant le scénario, je me suis dit que cela me ressemblait un peu. Le mec qui s’invente des histoires et qui peut avoir quelques angoisses. C’est peut-être un peu moi…
M. Y. : Forcément. J’ai mis ma sensibilité dans ce personnage. Je suis proche de Max par son côté spontané et irresponsable alors qu’Ary, un homme angoissé avec ses phobies et ses principes, correspond bien au personnage d’Yvan. Néanmoins, les deux personnages sont touchants et drôles, c’était nécessaire pour traiter un sujet aussi fort.

Comment s’est passé le jeu de fratrie entre vous deux ?
M. Y. : On s’amuse beaucoup ensemble. Nous sommes amis dans la vie. L’esprit de fratrie n’était donc pas très difficile à créer pour le film. Parfois, je suis le grand frère d’Ary, je le coache dans l’univers impitoyable du cinéma et du spectacle en France. Et puis, à son tour, Ary me rassure car il est plus posé que moi, plus calme. On se rend mutuellement service. Ce sont un peu les rapports que l’on a dans le film, on ne sait pas toujours qui est le grand frère. Ça peut s’inverser. Dans le film, Yvan et Max sont amenés à réfléchir ensemble. Ils se découvrent petit à petit, s’ouvrent l’un à l’autre, apprennent à communiquer et à s’aimer plus.
A. A. : Avec Michaël Youn, nous formons un beau duo. Nous avons déjà joué ensemble dans deux films : Fatal et Vive la France. Il existe une véritable connivence et une bonne amitié entre nous. Les personnages de ces deux frères sont vraiment très bien dépeints. L’un un peu foufou, et l’autre hypocondriaque. Les dialogues sont parfaitement répartis. La relation fraternelle s’affine au fur et à mesure de la réflexion. Jusqu’à ce retournement de situation, lors de cette tendre et émouvante scène où Yvan retrouve Max au petit jour et lui fait part de sa décision d’être le donateur.

L’humour est très présent dans le film…
A. A. : Le réalisateur Frédéric Berthe, très bon directeur d’acteurs, a été client de nos bêtises à Michaël et moi. Il y a en effet quelques perles d’humour. Certains moments sont très drôles : les tests physiques par exemple, les séances chez le psy ou encore le trajet en voiture pour rejoindre notre soeur. Les deux caractères sont alors bien ancrés. C’est un vrai duo comique.
M. Y. : Fred Berthe nous laissait divaguer en impro. Les passages les plus drôles sont surtout les engueulades, les embrouilles avec la police, les moments où on s’oppose comme des aimants qui se repoussent. On a surtout essayé de construire quelque chose de sincère et de tendre.

Que signifie pour vous le don de soi ?
M. Y. : C’est compliqué parce que ce n’est pas un choix spontané. Même si on n’en a pas envie, on ne peut pas dire non face à une telle situation. On ne donne pas un organe comme ça… Dans le film, ils sont deux. Qui fera le don de soi ? Cela renforce la dualité, entre peur et courage. Et, en dehors de toutes les démarches médicales à suivre – tests, comité d’éthique, etc. –, il y a aussi une lourde démarche psychologique.
A. A. : C’est un acte de courage, de prolongement de vie. Redonner la vie à quelqu’un, comme Richard Berry l’a fait, est un acte primordial. Cela change l’existence de deux êtres : le donateur et celui qui reçoit.

Ce film n’est-il pas un appel afin que des solutions soient mises en place ?
A. A. : L’Esprit de famille est un film qui doit faire réfléchir, qui doit susciter des réactions.
M. Y. : Le film a une volonté éducative. Vingt pour cent des Français pourraient avoir besoin d’une greffe d’organe. On n’est pas au courant des risques. Il y a les contrevérités et les légendes urbaines qui tournent autour de ce sujet. C’est un domaine méconnu. C’est donc une nécessité d’en parler. Grâce au service public, il y a une vraie démarche d’éducation, de proposition et d’explication. Le but de la manoeuvre, c’est vraiment cette prise de conscience.

Casting : Ary Abittan, Richard Berry et Michaël Youn.

Diffusion le mercredi 30 avril à 20:45 sur France 2.