Dropped / Duplex de Louis Bodin : “Je me suis retrouvé devant la scène que je ne voulais absolument pas voir”

  • Carole Roldane
  • 12, mars 2015 à 11h00

Après la polémique (ICI) suite au duplex réalisé lors du JT de TF1 par l’animateur de “DroppedLouis Bodin, ce dernier s’est exprimé sur l’antenne de nos confrères de RTL au micro d’Yves Calvi dans Laissez-vous tenter.

“Pour cet interview, moi je ne souhaitais absolument pas aller sur les lieux du crash” : Louis Bodin.

Yves Calvi : “Comprenez-vous que la mise en scène de votre témoignage et de votre interview avec les carcasses des deux hélicoptères accidentés  derrière vous ait choqué ?”
Louis Bodin :”Oui oui je comprends. Moi je ne souhaitais absolument pas aller sur les lieux du crash, je n’y étais pas au moment où ça s’est passé puisque j’étais déjà sur ce que l’on appelle la “Dropped zone”, c’est-à-dire la zone où j’attendais les concurrents pour commencer le jeu. Une zone complètement désertique qui était à 40 km de là, donc je n’avais pas assisté à ce crash, je n’avais pas vu la scène et je n’avais pas l’intention du tout d’y aller ni de revoir ça. C’était pas la peine, il y avait suffisamment de douleur et de tristesse en ce moment pour qu’on n’en rajoute pas. En revanche, ce qu’il s’est passé c’est que évidemment pour pouvoir témoigner et être dans ce journal de 20h, TF1 a cherché à trouver un support technique pour pouvoir me permettre de faire ce direct. Donc ça n’était pas les moyens de TF1. Et du coup, on s’est appuyé sur des moyens locaux et tout ça a évolué tout au long des heures qui ont précédées ce direct. C’est-à-dire qu’au début je devais être installé à côté de l’hôtel et ça m’allait très bien et ensuite, au fur et à mesure, ça a avancé et on m’a dit “non finalement ça ne sera pas là, les moyens techniques vont rester un peu plus loin dans une autre ville” dont j’avais d’ailleurs oublié le nom et puis voilà de fil en aiguille on avance et c’est vrai que moi, dans ma tête je n’avais pas vraiment l’esprit à ça, ce qui est toujours le cas. Et un chauffeur argentin nous a emmenés à l’endroit où ça se situait. Là, on a enchaîné la malchance puisque avant d’arriver sur l’endroit, on est tombé en panne, on avait pas l’adresse précise et de fil en aiguille, en faisant un peu de stop, en finissant emmené par, d’ailleurs une voiture de police, non ça c’était après enfin en tout cas, on est emmené par quelqu’un qui nous dit “oui je sais où se trouve le camion” et puis là, je pensais même que c’était trop tard, qu’on n’arriverait pas à temps pour pouvoir faire le direct et quand on arrive sur place, et bien horreur je m’aperçois, parce que moi je n’avais jamais vu de près,  que j’arrive sur la zone de crash et donc je cours me mettre, avec la compréhension plus ou moins rapide… plus moi, Paris que j’avais à travers uniquement le téléphone, parce que évidemment on n’avait pas les moyens techniques complets d’un direct et bien je me suis retrouvé devant la scène que je ne voulais absolument pas voir. Voilà, j’ai eu deux choix, en une minute de me dire soit je vais devant la caméra ou je n’y vais pas. Spontanément je pensais beaucoup plus, absolument pas à ce qu’il y avait derrière, à ce que j’avais envie de témoigner par rapport aux personnes disparues et j’ai été me mettre devant, voilà et c’est vrai que ce qui comptait pour moi c’est ce que j’ai pu dire pendant ce moment-là à l’antenne et c’est vrai que ce qu’il y avait derrière, d’ailleurs je ne l’ai pas vu, je n’ai pas voulu le regarder après. C’est clair que ça n’était absolument pas un choix que moi je regrette complètement.”
 
“Vous ne pouviez pas demander à votre caméraman de décaler la caméra d’un quart ?”
Je comprends sauf que quand vous arrivez une minute avant l’antenne, que ces gens-là parlent argentin, que pour eux c’est tout à fait naturel d’être sur cet endroit-là  et qu’ils ne comprennent pas pourquoi il faudrait qu’on fasse autre chose. Moi je ne parle pas du tout espagnol donc dire aux argentins “non mais attendez, derrière là c’est la scène”. A Paris, ils étaient déjà tout content de m’avoir à l’antenne parce qu’ils pensaient que ça ne serait pas faisable … Et c’est vrai que si je devais le refaire, si j’étais arrivé seulement ¼ d’heure avant ou 20 minutes avant, qu’on s’installe comme c’était prévu, s’il n’y avait pas eu tout ça, il est évident que je ne l’aurai pas fait à cet endroit là. J’aurais eu le temps de leur expliquer “il faut bouger ça”. Pour comprendre la différence entre les pays, en Argentine on m’a demandé “pourquoi est-ce que le jeu s’arrête? Pourquoi est-ce que vous ne continuez pas le jeu?” Vous voyez ce sont des questions que peut poser la télévision argentine, à qui j’ai répondu après et voilà en France aucune télévision, aucune radio ne m’a posé la question de savoir si le jeu allait continuer où s’arrêter. C’est une évidence, en Argentine non.”

“C’est un concours de circonstances très malheureux et que moi je regrette à titre personnel et en respect par rapport aux familles” : Louis Bodin.

Isabelle Morini-Bosc : “Ca n’est pas TF1 qui a refusé que l’angle de la caméra soit changé ?”
Non, de toute façon, j’avais des problèmes de communication avec les argentins. Il y avait quelqu’un qui était avec moi, qui essayait de faire le lien mais il faut imaginer, on est, moi complètement épuisé, pensant même que je n’allais pas pouvoir faire le direct parce que j’arrive en retard et que voilà, quand j’arrive devant ce fait accompli, dont je suis encore sonné aujourd’hui parce que moi je ne voulais vraiment pas aller sur cette scène pour plein de raisons. Parce que voilà après ça reste dans la tête et qu’aujourd’hui moi j’en suis là. Il faut penser que je suis évidemment dans l’envie de témoigner parce que j’ai beaucoup de respect, parce que cette équipe a été complètement décimée. Vous imaginez 10 personnes partent et 10 personnes qui étaient dans votre entourage proche, immédiat … Voilà je suis à la fois dans l’envie de témoigner parce que je suis journaliste, parce que j’étais aussi là par rapport à TF1 et puis en même temps je suis dans ma propre douleur.. C’est un concours de circonstances très malheureux et que moi je regrette à titre personnel et en respect par rapport aux familles … Un fait de circonstance malheureux quand vous imaginez que 5 minutes avant le direct on tombe en panne, c’est quand même incroyable“.