Interview d’Harry Roselmack pour sa nouvelle émission « Harry Roselmack avec les résistants du monde paysan »

  • Carole Roldane
  • 5, janvier 2011 à 10h20

Sur TF1 le mardi 25 janvier à 23h10.
Ils exploitent la moitié du territoire, mais on ne prête plus beaucoup d’attention aux paysans et à leurs problèmes. Ils nourrissent la France mais, souvent, peinent à nourrir leur propre famille. Autant de paradoxes qui posent questions.

Pourquoi être parti à la rencontre du monde paysan dans cette nouvelle enquête ?
Harry Roselmack : Avec cette émission, nous cherchons à entrer dans des univers particuliers. Or, le monde agricole se distingue par une mentalité, un environnement et des gestes caractéristiques. C’est aussi un secteur en pleine mutation. On entend beaucoup parler des problèmes rencontrés par les agriculteurs. Nous avons eu envie de voir ce qu’il en était exactement en partant à la rencontre de producteurs de lait en Bretagne. Nous voulions d’abord comprendre leur passion pour un métier qui est aujourd’hui un peu marginal dans la sphère socio-économique mais aussi savoir quelles difficultés ils rencontraient quotidiennement.

Pourquoi axer essentiellement le sujet sur le secteur laitier ?
HR : Nous nous sommes rendu compte en préparant l’émission que nous devions faire des choix pour ne pas brouiller la compréhension des téléspectateurs. Le secteur laitier présente l’avantage de réunir l’élevage, avec la rigueur quotidienne qu’il implique, et la culture, la plupart des éleveurs cultivant leurs propres céréales pour nourrir leurs bêtes. Ce secteur était donc assez complet en termes d’activité et regroupait des problématiques fortes.

Les paysans ont la réputation d’être peu bavards. Comment vous ont-ils accueilli ?
Je connaissais assez mal cet univers pour y avoir été peu confronté. Mais tous les agriculteurs nous ont très bien accueillis et ont fait preuve d’une véritable envie de témoigner. Ils ont le sentiment d’une méconnaissance de leurs difficultés et d?une incompréhension de leurs problèmes par les consommateurs. Ils se sont notamment souvent confiés parce qu?ils sont dans une forme d’incompréhension, voire de détresse.

Pourtant, dans cette profession où le taux de suicide est très élevé, l’espoir semble malgré tout l’emporter?
Les producteurs de lait sont très inquiets car les prix de vente de leurs produits sont insuffisants pour qu’ils vivent dignement. Ils sont souvent très endettés. Pourtant, ce sont de vrais résistants : ils veulent continuer à faire ce qu’ils aiment, malgré les difficultés. À l’exception de la femme d’un agriculteur sous antidépresseurs, nous n’avons pas rencontré de personnes déprimées. Cette remarque n’a pas surpris un médecin que nous avons interviewé. Il nous a expliqué que dans cette catégorie socioprofessionnelle, les gens, très pudiques, se plaignent peu. Étonnamment, ils ne présentent aucun signe précurseur de dépression avant de passer au suicide. En fait, les agriculteurs se mettent une forte pression sur les épaules, parfois sans en avoir conscience, parce qu’ils ont dans la plupart des cas repris les rênes de l’exploitation familiale. La notion d’héritage est très forte. Par respect pour leurs parents et leur famille, ils ne peuvent pas accepter la faillite. Un déni qui peut parfois les pousser de manière brutale et inattendue jusqu’au suicide.

Qu’est-ce qui vous a le plus étonné au contact de ces paysans ?
Leur abnégation, même si ce ne serait certainement pas le terme qu’ils emploieraient pour se définir. Ils travaillent dans des conditions difficiles, tous les jours de la semaine, sans quasiment jamais prendre de vacances. Ils entretiennent un lien difficilement imaginable avec leur activité professionnelle. D’ailleurs, pour eux, ce n’est pas simplement un travail mais toute leur vie. Ils n’ont donc pas l?impression d’un effort ou d’une privation particulière et sont la plupart du temps heureux de leur mode de vie. J’ai toutefois remarqué que cet état d’esprit commence doucement à évoluer chez les plus jeunes, plus disposés à chercher des solutions pour pouvoir trouver un peu de temps libre.