La petite maison dans la prairie en plein cœur d'une énorme polémique

La petite maison dans la prairie en plein cœur d’une énorme polémique

  • Valerie Hommez
  • 16 juin 2020

 » La petite maison dans la prairie  » le célèbre feuilleton comporterait-il des éléments de racisme ? Véritable série culte des années 70 et 80, tout le monde se souvient des aventures de la famille Ingalls.

Ce couple de pionniers américains qui s’installe dans l’ouest avec leur famille pour y construire une ferme où ils espèrent vivre et prospérer. Tout le monde a en mémoire le générique, sur cette musique lancinante, où la petite Laura Ingalls tombe inlassablement en courant dans l’herbe, l’image de Charles Ingalls qui passe son temps à couper du bois, et la maman Caroline qui s’occupe de toute la petite famille.

On se souvient aussi de la famille Oleson, les propriétaires du seul magasin du village dont la mère Arlette Oleson est connue pour passer comme la mégère. Quant à sa fille Nelly, c’est la petite fille que tout le monde déteste tellement elle est méchante. Un feuilleton télévisé qui est devenu l’un des plus gros succès de la télévision, et qui est encore aujourd’hui, est diffusé dans plusieurs pays presque 50 ans après sa création.

Avant d’être une série de fiction, les aventures de la famille Ingalls sont avant tout une série d’ouvrages écrits, par le personnage, qui lui a réellement existé, de Laura Ingalls Wilder, une pionnière américaine née juste après la guerre de Sécession. Mais aujourd’hui l’American library Association souhaite que le nom de Laura Ingalls Wilder soit retiré du prix qui porte son nom, un prix littéraire décerné à des livres destinés aux enfants.

Dans le contexte actuel d’anti-racisme, issu notamment de la mort de George Floyd aux États-Unis, l’association et les membres du Conseil jugent que les livres en question contenaient des propos racistes envers les Afro-américains et les Amérindiens. Laura Ingalls Wilder écrivait  » Je désire vivre avec les animaux sauvages, vivre sans peur, où le sol est plat, où il n’y a pas d’arbres et où il n’y a pas d’autres humains mais seulement des Amérindiens « . Certains considèrent que cette phrase pouvait sous-entendre que les Amérindiens n’étaient pas considérés comme des êtres humains, et qu’elle serait donc la preuve d’un racisme envers les habitants originels du continent américain.

La petite maison dans la prairie

Le  » Laura Ingalls Wilder Medal « , le titre qui récompense les auteurs, autrices illustrateurs et illustratrices qui contribuent à la littérature pour enfants va donc changer de nom pour être remplacé par le  » Children Legacy Awards « , et ne comportera plus donc le patronyme de la romancière.  » Ça ne veut pas dire que les enfants ne devraient pas lire ses livres. Chaque génération revisite le canon littéraire. La solution raciste n’est pas simplement de faire disparaître certains livres des étagères. Cependant, aucun Américain blanc ne devrait oublier le passif raconté par ses livres  » conclut Caroline Fraser, écrivaine et auteure de « Prairie Fires : The American Dreams of Laura Ingalls Wilder ».

Écrit entre 1932 et 1943, l’histoire de Laura Ingalls Wilder, interprétée, à l’écran par Melissa Gilbert, raconte l’histoire des États-Unis d’Amérique, au temps où la population noire venait de sortir de l’esclavage et où les Indiens d’Amérique connaissaient un sort peu enviable.

Si certains détracteurs dénoncent aussi que dans la série télévisée certaines scènes pouvait être jugées comme racistes, comme notamment le fait que le personnage de Charles Ingalls interprété par Michael Landon se grime dans un épisode, pour faire ce qu’aujourd’hui on appellerait un black face, et que dans d’autres volets, la population du village se montrait hostile à l’arrivée de gens de couleur, d’autres aiment rappeler que dans la série à plusieurs reprises, la famille Ingalls défend des gens issus de la population afro-américaine ou des personnages amérindiens.

Mais dans un de ses livres, l’auteur Laura Ingalls Wilder écrivait aussi ces mots « Un bon indien est un indien mort », et c’est sûrement cette phrase ajoutée aux autres qui aura fait prendre la décision de retirer définitivement son nom du célèbre prix littéraire aux États-Unis. L’association explique également que  » Les livres de Madame Laura Ingalls Wilder sont le produit de sa vie, ses expériences et ses perspectives en tant que femme blanche de cette époque «  a tenté de défendre l’ALSC. « Ils représentent une attitude culturelle dominante, sans être universelle envers les indigènes et les personnes de couleurs quand elle vivait et quand le prix a été créé « .

Véritable phénomène de société, il faut rappeler aux plus jeunes d’entre nous que  » La petite maison dans la prairie  » produite par la chaîne NBC a été un énorme succès. Malgré que les débuts furent très difficiles, et que la chaîne pensait même à déprogrammer la série, qui se déroulait dans la petite ville de Walnut Grove, les audiences sont montées peu à peu et le programme a été finalement vendu dans le monde entier. Toujours à l’écran sur certaines chaînes aujourd’hui, le feuilleton, produit par Michael Landon, a été diffusé sur toute la planète, et ses interprètes sont devenus en quelques années de réelles stars mondiales.

Basée sur des histoires simples pleines de bonnes intentions, voire parfois un peu niaises, c’est aujourd’hui une toute autre polémique qui fait ressurgir  » La petite maison dans la prairie  » du passé. Un sujet qui colle parfaitement à l’actualité, et qui n’est pas sans rappeler les manifestations qui se déroulent aux quatre coins du monde pour demander l’égalité entre les blancs et les noirs, comme notamment après l’affaire George Floyd ou Adama Traoré plus près de chez nous.

Si les pages de l’ouvrage de Laura Ingalls Wilder ont été écrites dans une Amérique tout à fait différente de celle d’aujourd’hui, où les droits des Amérindiens et des Afro-américains étaient presque nuls, par la suppression de ce prix littéraire, c’est un acte courageux de soutien envers tous ceux qui souffrent encore de ce genre de stéréotypes aujourd’hui. Arrivée beaucoup trop tard pour certains, cette décision est très commentée aux États-Unis, tant la série et le livre s’inscrivent dans le patrimoine culturel américain. Mais il faudrait aussi scinder l’ouvrage du feuilleton télévisé qui paraît plus édulcoré que dans les lignes écrites par Laura Ingalls Wilder. Il existe d’ailleurs, beaucoup de différences entre le roman et la série.

Par cette décision de supprimer le nom de Laura Ingalls Wilder du célèbre prix littéraire, l’association américaine frappe un grand coup dans une Amérique qui a parfois du mal à se rappeler les heures sombres de son histoire.