Léa Salamé / ONPC : “En fonction des sujets traités, je ne réagirai pas sur le modèle de Natacha Polony ou Éric Zemmour” (INTERVIEW)

  • Carole Roldane
  • 12, août 2014 à 10h46

« Je ne serai pas comme Natacha Polony »

Nouvelle recrue de France 2, Léa Salamé qui a quitté sa place sur i>Télé pour rejoindre Laurent Ruquier explique les raisons qui l’ont poussées à venir dans ” On n’est pas couché“. Léa Salamé a dit oui à Laurent Ruquier et se prépare pour une rentrée… enfiévrée.
On n’est pas couché a trouvé sa nouvelle chroniqueuse pour la rentrée. Après avoir animé le débat politique dans Ça se discute sur i>Télé, Léa Salamé reprend le siège de Natacha Polony et doit désormais se prêter au jeu de la critique.

Prête pour la rentrée ?
Je suis en vacances, donc je prends des forces en lisant les incontournables de la rentrée littéraire (Emmanuel Carrère, Frédéric Beigbeder, entre autres). On peut dire que ce sont des vacances plutôt studieuses. Mais je suis prête et je le serai encore davantage à la rentrée.

Avez-vous hésité à accepter la proposition de Laurent Ruquier ?
J’étais très bien à i>Télé. J’animais un débat de 45 minutes tous les soirs et Ça se dispute tous les week-ends. J’aimais cela. Mais une proposition comme celle de Laurent Ruquier ne s’offre à vous qu’une seule fois et ne se refuse pas ! J’ai donc hésité mais, assez vite, la décision d’accepter s’est imposée à moi.

Qu’est-ce qui vous plaît dans cette émission ?
Sa durée ! C’est la seule émission de trois heures sur les chaînes hertziennes où l’on peut discuter cinquante minutes d’affilée avec le même invité. Cela ne se fait plus de nos jours. Les invités ont ainsi le temps de développer leurs idées. C’est un luxe que j’apprécie ! J’aime également le concept de cette émission avec Laurent Ruquier en hôte face à deux chroniqueurs qui mettent du sel et du poivre pour animer le débat et les propos de l’invité.

Qu’est-ce que cela vous fait de vous retrouver au côté d’Aymeric Caron ?
Cela me fait plaisir ! Je ne le connaissais pas du tout, en dehors de mon statut de téléspectatrice. Si l’on s’entend bien ou pas… les téléspectateurs le verront. Mais je pars avec un bon a priori.

Laurent Ruquier a souhaité un chroniqueur apolitique. S’agirait-il d’une « dédroitisation » de ce poste ?
Je ne me définis pas comme étant de droite ou de gauche. Cette grille de lecture gauche/droite n’est plus pertinente et ne l’était déjà plus lors du match Caron-Polony. Je ne pense pas qu’ils aient réfléchi à dédroitiser le poste. Natacha Polony n’est pas de droite ! Pour preuve, dans son livre elle commence en disant « Je suis une réactionnaire de gauche ». Je pense que la production a juste eu envie d’une journaliste, donc d’une personne non politisée.

Après Natacha Polony et Éric Zemmour, comment allez-vous faire pour ne pas être stigmatisée « néoréac » ?
« Réactionnaire » n’est pas une insulte selon moi. Je pense que je ne le suis pas… même si j’ai parfois certaines idées conservatrices. Pour moi, le progrès n’est pas forcément la bonne réponse. En fonction des sujets traités, je ne réagirai pas sur le modèle de Natacha Polony ou Éric Zemmour, qui suivent une grille de lecture. Je serai tantôt progressiste, tantôt néoréac…

Sur le plateau de Ça se dispute, vous avez côtoyé Éric Zemmour. Vous a-t-il donné un conseil ?
Il a bien ri quand il a su qu’on m’avait fait cette proposition. Je ne suis pas sûre qu’il m’imaginait dans ce rôle-là. Il m’a juste dit de me protéger.

Vous allez devoir débattre, donner votre avis… Appréhendez-vous le passage à l’acte ?
C’est mon plus gros challenge ! Évidemment, j’ai un peu peur. Jusqu’à présent, la neutralité était la qualité première de mon métier. Là, je dois partager mon avis avec le plus grand nombre, poser des questions étayées… Jusqu’à maintenant, mon avis n’intéressait que moi. La question qui se pose est : en quoi suis-je légitime pour critiquer un film ou un livre ? Mais je vais le faire ! Je ne m’inventerai pas un personnage. J’enquêterai et je donnerai mon sentiment. Je pensais rester toute ma vie dans un rôle de journaliste neutre, un rôle qui ne soit ni d’éditorialiste, ni de polémiste. On verra bien si Laurent Ruquier a eu raison de me choisir et si je suis faite pour ça !

Son parcours :
Je suis née à Beyrouth, dans un pays en guerre, et suis arrivée en France à 5 ans, après avoir fui le Liban. J’ai suivi quatre années de droit à Panthéon-Assas et choisi de compléter mon cursus à Sciences Po Paris. Après un passage à New York, je suis revenue en France. Je suis entrée à Public Sénat en tant que stagiaire programmatrice. J’ai fait des reportages pour eux… Quand la chaîne France 24 a été créée, j’ai été prise comme journaliste pendant quatre ans jusqu’à mon arrivée à i>Télé.

Dernier coup de cœur littéraire :
Le Quatrième Mur de Sorj Chalandon

Dernier coup de cœur cinématographique :
La Grande Belleza de Paolo Sorrentino

Éternel coup de cœur musical :
David Bowie.