Téléfilm France 2… Bruno Solo joue dans « Jusqu’à l’enfer » (INTERVIEW)

  • Carole Roldane
  • 11 juillet 2015

Le vendredi 7 août dès 20h55, vous pourrez voir Bruno Solo dans le téléfilm « Jusqu’à l’enfer » diffusé sur France 2.

Animateur de télévision, réalisateur, scénariste, producteur et acteur, Bruno Solo est un véritable touche-à-tout. Avec Jusqu’à l’enfer, un téléfilm adapté du roman La Mort de Belle de Georges Simenon, il étoffait sa filmographie d’un premier grand rôle dramatique.

Etes-vous un familier de l’œuvre de Simenon ?
Bruno Solo :
« Oui, je la connais assez bien, et ce depuis longtemps. J’ai découvert Simenon à l’âge de 14 ou 15 ans par la lecture de ses romans et des enquêtes du commissaire Maigret, mais aussi, comme tout le monde, par la série Maigret avec Jean Richard dans les années soixante-dix. Je me suis mis très rapidement à lire ce qu’il appelait lui-même ses « romans durs », dont La Mort de Belle, duquel est tiré Jusqu’à l’enfer. Sa bibliographie est tellement vaste que je l’appelle parfois le Dostoïevski d’outre-Quiévrain. Je pense que beaucoup de gens ne se rendent pas compte à quel point il a été un immense écrivain, un « sondeur » de l’âme humaine, tout cela avec une facilité narrative absolument formidable et abordable par tous. »

Un tournant dans une carrière à mon avis ce n’est pas vous qui le prenez, ce serait plutôt les autres qui vous le feraient prendre

Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter ce rôle dramatique? Une volonté de prendre un tournant dans votre carrière car on vous connaît encore peu dans ce genre de rôles ?
« Je ne suis motivé que par une seule chose, lire des histoires qui me transportent. Si demain on me propose une comédie qui me fait « vibrer » je retournerai vers la comédie avec le même plaisir. Mais, dans ce cas précis, j’avais déjà eu l’occasion d’apprécier le travail de Denis Malleval avec Les Innocents et les adaptations qu’il avait réalisées pour la série Chez Maupassant. Je connaissais également la plume de Jacques Santamaria. Il y a d’après moi de belles adaptations – et aussi malheureusement de moins bonnes – de l’œuvre de Simenon, et j’ai la chance, grâce au travail de Denis et à l’adaptation de Jacques, d’avoir participé à l’une d’elles. J’avais déjà interprété des rôles dramatiques même si ce ne sont pas nécessairement ceux pour lesquels on me connaît le plus. Ce n’est pas une volonté de prendre un tournant dans ma carrière car à mon avis le tournant ce n’est pas vous qui le prenez, ce serait plutôt les autres qui vous le feraient prendre. »

Comment définiriez-vous Simon Andrieu, votre personnage ?
« Simon voulait rester le plus gris, le plus petit possible. Cela n’en fait pas un personnage extrêmement sympathique. Il n’a pas envie d’être dérangé. Pas très affable, un peu paranoïaque, impuissant, il cache une blessure terrible enfouie au plus profond de lui. En dépit de tout cela il est heureux dans sa vie, il a une femme magnifique qu’il regarde avec les yeux de l’amour absolu. C’est la seule chose merveilleuse qui lui soit arrivée dans sa vie, cette femme qui a bien voulu de lui alors qu’il était sans aucun doute destiné à être seul. Simon a une chance formidable de ne pas l’être et tout d’un coup le sort vient s’évertuer à déstabiliser son petit monde. C’est un homme qui, sous le poids de la culpabilité, va commettre l’irréparable, mais parce qu’on le pousse à le faire. Tout d’un coup, cet homme ordinaire se retrouve dans une situation extraordinaire qu’il ne sait pas gérer.
La scène où Yvon Bach, qui joue le rôle du procureur, et Jean-Louis Foulquier descendent voir l’installation de modélisme ferroviaire de Simon, est une sorte d’ingérence dans sa vie la plus intime. Il y a quelque chose d’extrêmement infantile dans la vie de ce professeur de mathématiques, qui est donc a priori une personne rationnelle, mais qui se réfugie dans son petit train. Ce train miniature est d’ailleurs une trouvaille de Jacques Santamaria. Dans La Mort de Belle, Simon fait de la menuiserie en amateur. »

Adapter l’œuvre de Simenon pour la télévision ou le cinéma n’est jamais chose aisée, l’atmosphère y est souvent statique et l’interprète principal doit souvent, de par sa personnalité et sa présence, être presque « plus fort » que l’intrigue. Comment vous êtes-vous préparé à ce rôle ?
« En effet, ce qui plaît à Simenon c’est de raconter une histoire au travers d’un homme ordinaire. Il ne raconte pas l’histoire du monde mais l’histoire des hommes et, à travers eux, l’histoire de leurs craintes.
Dans La Mort de Belle tout est déjà intégré au personnage. Je n’ai eu qu’à me laisser porter et, franchement, je n’ai pas eu recours à une préparation particulière si ce n’est de m’imprégner et de parler très souvent du personnage avec Denis Malleval. J’ai donc passé beaucoup de temps avec lui en amont du tournage mais aussi avec Jacques Santamaria lors de nombreuses lectures. Par contre, la préparation m’a semblé moins difficile que lorsque l’on rentre dans une comédie où il faut trouver un sens du rythme, ce qui, selon moi, est techniquement plus épineux.
En revanche, c’est sur le tournage que les choses se sont compliquées car on ne rentre pas innocemment dans un personnage tel que Simon. C’était également plus dur d’en sortir. Il fallait avoir l’impudeur de faire ressortir les démons que nous avons tous en nous. Mais c’est aussi cela être comédien, il y a une part de masochisme qu’on ne peut réfuter. Même si l’on tente de se camoufler en se disant : « Ce n’est pas moi, c’est le personnage ». Bien entendu, on met un peu de soi et, évidemment, dans le personnage de Simon il y a un peu de moi. J’ai fait appel à des choses enfouies au fond de moi afin de faire ressortir ces émotions. »

Le fait que cet homme ne soit pas originaire du même milieu social que les personnes qu’il côtoie dans sa vie de tous les jours, vous a-t-il également attiré vers ce rôle ?
« Je crois qu’on ne peut pas imaginer la souffrance de Simon, surtout ainsi, dans une ville où tout se sait, où la rumeur va plus vite que la vérité. Il ne s’est jamais senti accepté et a l’impression qu’on lui fait payer le fait qu’il soit entré par la petite porte dans ce monde plutôt bourgeois, lui qui vient d’un milieu modeste. Il a sans aucun doute tort, mais il s’enferme dans une sorte de complexe social qui n’a pas tout à fait lieu d’être. Il aurait peut-être pu « jouer le jeu » de l’intégration sociale, mais il ne l’a pas fait. Il s’est enfermé dans son monde et attire de ce fait la suspicion, le doute et l’antipathie. »

Edouard Molinaro, réalisateur d’une adaptation du même roman en 1960, vous a, semble-t-il, toujours conseillé de jouer un rôle dramatique ?
« Oui, c’est vrai. C’est drôle car nous avons revu son film ensemble aux Sables d’Olonne qui, par ailleurs, était un lieu de villégiature de Simenon. C’était dans le cadre d’un colloque. Edouard Molinaro était présent parce qu’un hommage était rendu à Simenon à travers son film La Mort de Belle. Une adaptation très dépouillée, voulue comme telle par Jean Anouilh. Le parti pris sur le personnage de Simon est d’ailleurs totalement différent.
J’avais tourné un téléfilm, il y a de cela quelques années, en Belgique avec Edouard. C’était un rôle assez tendu, dur. Dans les scènes dramatiques ou tragiques, Edouard Molinaro me regardait et me disait : « Tu es vraiment fait pour la tragédie aussi ! J’espère un jour que tu auras ton grand rôle tragique.
Même si j’ai déjà eu quelques rôles dans ce genre, je considère que Jusqu’à l’enfer est mon premier vrai grand rôle dramatique. Que cela soit au travers d’un roman qu’avait déjà adapté Edouard, c’est l’ironie du sort. »